Lauréat du 32ème Prix de la Mémoire et du Civisme André Maginot

Varsovie–Auschwitz :
des lycéens du LP Romain Rolland sur les chemins de la mémoire

A l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la libération du camp allemand nazi de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, où plus d’un million de personnes – majoritairement des Juifs – furent assassinées, la classe de première baccalauréat professionnel Métiers de l’Accueil du lycée professionnel Romain Rolland a choisi de faire vivre le devoir de mémoire au-delà des murs de la salle de classe.

Du 3 au 5 juin 2025, les élèves se sont rendus à Varsovie, en Pologne, pour un séjour pédagogique intense, placé sous le signe de la transmission et de la réflexion historique. À l’heure où la France connaît depuis un an une poussée spectaculaire des signalements pour antisémitisme et racisme, leurs enseignantes, Madame Zahoua Courbet et Madame Anael Tillette, ont tenu à inscrire ce projet dans une démarche interdisciplinaire ambitieuse.

L’objectif : sensibiliser les jeunes générations à la Shoah et aux conséquences dramatiques que peut engendrer la méconnaissance de cette histoire. « Comprendre pour ne pas reproduire » : telle fut la ligne directrice de ces trois jours de recueillement et d’apprentissage.


Sur les traces de la vie juive et de sa destruction

Le séjour a débuté par la découverte de Kazimierz, ancien quartier juif, témoin de plusieurs siècles de vie culturelle et religieuse. Les élèves ont visité la synagogue « Remuh » ainsi que le cimetière juif du XVIᵉ siècle, lieux chargés d’histoire où subsistent les traces d’une communauté brutalement anéantie.

Dans le quartier de Podgórze, ils ont parcouru l’ancien ghetto, où des milliers de Juifs furent entassés avant d’être déportés. Face aux vestiges et aux mémoriaux, le silence des élèves traduisait l’ampleur de l’émotion suscitée par la confrontation directe avec ces lieux.


 Auschwitz, symbole de l’Holocauste

Point culminant du voyage : la visite du camp de concentration d’Auschwitz I – Stammlager et du camp d’extermination d’Auschwitz II-Birkenau, symboles universels de l’Holocauste.

Derrière le portail tristement célèbre, les baraquements, les rails menant à Birkenau, les miradors et les vestiges des chambres à gaz ont donné une réalité concrète aux pages d’histoire étudiées en classe. Pour beaucoup d’élèves, cette immersion a marqué un tournant : les chiffres sont devenus des visages, les dates des destins brisés.


Un engagement civique et littéraire

Ce projet a pu voir le jour grâce, entre autres, au soutien financier conséquent de Monsieur Sébastien Rotsaert, Secrétaire général de la Section fédérale André Maginot de la Somme, dont l’engagement en faveur de la transmission mémorielle a été salué par l’équipe éducative.

Au retour, le travail ne s’est pas arrêté. Dans le cadre d’une participation au Prix de la mémoire et du civisme André Maginot, les élèves ont mené un atelier d’écriture. Inspirés du poème « Liberté » de Paul Éluard, ils ont rédigé des poèmes en hommage aux anciens combattants.

Cette démarche a également été l’occasion de découvrir le Bleuet de France, symbole de mémoire et de solidarité envers les victimes de guerre. Entre histoire, littérature et engagement citoyen, ces lycéens ont ainsi transformé un voyage scolaire en véritable expérience de conscience.

Plus qu’un déplacement pédagogique, ces trois jours en Pologne auront constitué une leçon vivante d’humanité – et un rappel essentiel : la mémoire n’est jamais acquise, elle se cultive et se transmet.


En couverture : le courage de deux résistants

En couverture de ce projet mémoriel figure le visage et l’histoire de Robert Samuel, grand-père paternel de l’infirmière du lycée, Madame Virginie Kiefer. Avocat de métier, résistant d’origine juive, il incarne ce courage discret et déterminé qui a permis de sauver des vies dans l’ombre de l’Occupation.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Robert Samuel utilisa son statut et ses connaissances juridiques pour établir de fausses pièces d’identité. Ces documents permirent à de nombreux Juifs de franchir les lignes de démarcation et d’accéder aux zones dites « libres », échappant ainsi aux rafles et à la déportation. Un engagement clandestin, risqué, où chaque signature pouvait signifier la vie ou la mort.

Mais la répression ne tarda pas. Arrêté par la Gestapo, il fut interné à la prison de Montluc, à Lyon, haut lieu de détention de résistants et de Juifs avant leur déportation. À ses côtés se trouvait son beau-frère, Michel Haguenauer, pongiste de renom, lui aussi engagé.

Tous deux furent placés dans un train à destination de la Pologne, promis à la déportation. C’est alors qu’ils accomplirent un acte d’un courage exceptionnel : profitant d’un ralentissement, ils sautèrent du convoi en marche et se jetèrent dans la Seine pour échapper à leurs bourreaux. Un geste désespéré, mais salvateur, qui leur permit de survivre.

Cette histoire familiale, transmise jusqu’aux générations actuelles, donne une profondeur particulière au voyage des élèves en Pologne. Elle rappelle que derrière les grands événements de l’Histoire se trouvent des destins individuels, des choix, des actes de bravoure souvent méconnus. À travers la figure de Robert Samuel, c’est toute la portée du mot « Résistance » qui prend sens : refuser l’injustice, protéger les plus vulnérables, agir malgré la peur. Une leçon d’humanité qui fait écho au travail de mémoire entrepris par les élèves du LP Romain Rolland.